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Brandebourg (Lettres allemandes) Details
L’idyllique Brandebourg, située à une heure de Berlin, est une des contrées les plus pauvresd’ex-Allemagne de l’Est. En 2010, un projet de construction de parc éolien vient perturber unepetite commune où des Berlinois romantiques qui ont effectué un “retour à la terre” côtoient despaysans du cru et leurs familles. Dans une impressionnante partie d’échecs pleine de suspense, les désirs des uns sont confrontés aux haines des autres. Grâce à la plume d’acier de Juli Zeh, cette grande fresque contemporaine nous offre du rire et de l’effroi. Un thriller rural qui renouvelle et dynamite le roman de terroir.

Reviews
Dans le village d??Unterleuten où se déroule l??histoire, (on est en 2010, à 70 km à l??est de Berlin, dans le land de Brandebourg - c??est l??ancienne RDA), la réunification des deux Allemagnes, n??a pas apporté le même ??bonheur?? pour tous. Que du contraire : comment aurait-on pu oublier « en un claquement de doigts » les rancoeurs, les trahisons, l??espionnite de l??époque communiste et de plus, les ??vestiges?? du passé restent présents, tant « à fleur de sol qu??à fleur de peau ».Chapitre après chapitre, on fait la connaissance des habitants, ceux qui sont nés à Unterleuten, y ont grandi, ont ??hérité?? des luttes intestines de l??époque communiste et les autres, arrivés de Berlin ou de plus loin encore et qui viennent chercher le calme d??une vie champêtre dans un village ou qui pensent y développer leurs passions (ou leur commerce).Et croyez-moi, ils vont être ??servis??.Mais présentons d??abord les principaux protagonistes.Gehrard Flie?, la cinquantaine, est un ancien professeur de sociologie de l??Université Humboldt à Berlin; il est engagé politiquement très à gauche, mais c??est aussi un écolo de la première heure, ou encore l??ex-époux d??une féministe qui ne voulait pas d??enfant et dont il est divorcé. Dans un séminaire sur la fin du capitalisme, est apparue Jule Weiland, la vingtaine d??années à l??époque et charmante à souhait aux yeux de Gehrard. Comme ce dernier vivait en conflit permanent avec ses collègues, il a quitté l??université, s??est senti une vocation de protecteur de la nature et est parti vivre - voilà plus de cinq ans - avec Jule. Ils ont une fille : Sophie, 6 mois au début du récit. Tout irait pour le mieux, s'ils n'étaient pas en conflit larvé avec leur voisin, Bodo Schaller, qui vit sur une sorte de décharge, arrange plus ou moins les voitures (et les clients) et empeste l??environnement, au propre et au figuré.Jule et Gehrard croyaient avoir trouvé un coin de paradis (il travaille dans une société qui protège les oiseaux), mais depuis que ce ferrailleur est venu s??installer sur le terrain voisin, c??est l??enfer.Il y a aussi Linda Franzen et son mari Frederik Wachs. Frederik travaille la plupart du temps à Berlin dans une société de jeux informatiques créée par son frère et vit dans son monde à lui. Linda est une femme « alpha », habituée à ce que tout tourne comme elle l??a rêvé, inventé, voulu. Frederik a appris à ??composer?? avec son épouse, mais de toute façon, c??est Linda qui systématiquement ??emporte le morceau??. Sur un coup de tête (surtout de sa tête à elle), ils ont acheté une ancienne fermette à Unterleuten, mais tout ?? absolument tout ?? doit être rénové. Ce n??est pas grave pour Linda, qui outre son métier (elle est chuchoteuse équine) adore tout planifier, rénover, modifier. Et des idées, elle en a, d??autant qu??elle est complètement cinglée d??un étalon de quatre ans, Bergamotte, pour qui elle rêve de verts pâturages, d??élevage, et à cette fin, d??extension de la propriété.Au début du récit, elle reçoit une lettre de Gehrard Flie? de la « Ligue pour la protection de la nature » qui l??informe que son projet de rénovation sera systématiquement contrecarré par la ligue d??Unterleuten pour laquelle il travaille : pas question de perturber d??une quelconque façon la présence et surtout la reproduction dans les prés d??Unterleuten des «combattants variés », un oiseau migrateur proche de la bécasse.Cela ne perturbe pas Linda (qui ne pense qu??à agrandir le domaine) : elle a écrit une lettre à un dénommé Konrad Meiler (grand propriétaire terrien) pour lui proposer de racheter 4 hectares de terres qui jouxtent sa fermette et par un hasard dû à une information erronée de son gps, voilà ce Konrad en route pour Unterleuten, alors qu??il n??a évidemment aucune envie de vendre des terres, trop occupé qu??il est à tenter de sauver son mariage et de récupérer un fils qui se drogue.Rudolf Gombrowski est né à Unterleuten et y a grandit. Il a vécu le drame de son père qui a vu sa ferme incendiée et a dû céder pour subsister 170 hectares de bonnes terres de culture à une coopérative communiste appelée « Gute Hoffnung » (« L??espoir qui fait vivre »).Rudolf, de nature violente, ne s??était pas laissé abattre et s??était juré de venger son père. D??autant qu??il n??avait pas oublié les rires de certains lors de cet incendie. Plus tard, Gombrowski avait étudié l??agronomie, s??était marié avec Eléna, et entretemps était devenu directeur de la coopérative. Après la réunification improbable des deux Allemagnes, la coopérative avait changé de nom, était devenue une Société à Responsabilité Limitée (la SARL ?kologica), plus que jamais indispensable pour l??emploi et la survie du village.Le bras droit de Gombrowski dans la société est une dénommé Betty, la fille de Hilde, que Gombrowski ne connaissait que trop bien, surtout depuis que son mari Eric était mort dans des circonstances peu claires que personne ne souhaitait vraiment élucider.Le rival principal de Gombrowski est un dénommé Kron, 13 ans plus âgé que lui, et qui est resté profondément communiste ; ce Kron a été victime d??un accident de forêt et végète depuis lors, grâce à une pension d??invalide et la vente de bois qu??il vend ??sur pied?? et qu??on vient débiter dans ce qui lui reste de forêt.Kron voue - pour des raisons obscures au début du roman - une haine féroce à l??égard de Gombrowski. Faut dire qu??ils ont tous deux un ??foutu caractère??.Par ailleurs, l??épouse de Kron a, dans le temps, abandonné son mari et sa fille de deux ans pour passer à l??ouest « juste à temps ». Même que leur fille Kathrin a été comme qui dirait élevée par des parents de substitution, Arne, ingénieur vétérinaire, devenu entretemps maire d??Unterlauten et son épouse Barbara.La fille de kron, Kathrin, a étudié la médecine et est revenue habiter Unterleuten pour s??occuper de son père. Elle est mariée à un écrivain Wolfi, qui ne gagne rien, passe son temps (au grand dam de ses voisins) à tondre sa pelouse tous les jours, à s??essayer à l??écriture quand l??inspiration lui vient et à vaguement s??occuper de leur fille Krönchen, que son grand-père considère comme ??la prunelle de ses yeux??.Arne Seidel, le maire d??Unterleuten, a perdu sa femme et a découvert, après la réunification que son épouse avait travaillé pour la Stasi et l??espionnait, lui aussi. Bonjour, la déception.C??est dans ce contexte (rassurez-vous, je n??ai absolument rien révélé de fondamental, je n??ai jusqu??à présent que décrit l??ambiance de départ du récit), c??est dans le contexte de la vie de ce village, avec ses rancoeurs d??hier, les haines latentes et les conflits non résolus du passé, tout comme les tensions du présent que le maire, à court de finances pour gérer décemment son village, fait venir un représentant d??une société qui installe des éoliennes dans différents coins de l??Allemagne. Le problème est rigoureusement le même partout où le délégué de cette société se rend : il faut au minimum dix hectares d??un seul tenant pour installer le parc sur la zone choisie par la société ; mais à qui appartiennent les terres sur lesquelles le parc éolien pourrait s??installer, parce qu??il est sûr que ce sera le pactole pour la commune (on parle de 200.000 euros de taxes) et pour le propriétaire qui touchera les fermages ?Tous les pions sont en place et le jeu de massacre peut commencer. Et le lecteur « en aura pour son argent ».J??ai vraiment aimé ce livre d??une auteure allemande qui a déjà obtenu de nombreux prix, à mes yeux amplement mérités. Son style est tout à fait caractéristique : elle décrit avec une sorte de froideur distante les positions des belligérants, ne choisit pas son camp, parce que (comment pourrait-il en être autrement ?) tous ont des défauts, des ambitions démesurées, des positions beaucoup trop rigides et tous, absolument tous, peuvent à un moment ou à un autre « péter un plomb ». Parfois deux ! La façon dont le lecteur sent monter la température est particulièrement réussie. De plus, les chapitres (qui portent toujours le nom d??un personnage) sont distribués comme des pièces d??un puzzle que le lecteur reconstitue pas à pas, au rythme de sa lecture.Une dernière remarque à l??intention de l??éditeur : je reste perplexe en ce qui concerne la ??traduction?? du titre de ce roman : certes, le lecteur non averti risquerait de ne pas comprendre le choix symbolique du nom du village (qui est le titre du roman en allemand) : "Unterleuten", qui signifie en français « parmi ?? unter ?? les personnes, les gens ?? Leuten), mais il aurait suffi d??une note au début du premier chapitre. Choisir le titre « Brandebourg » n??avait aucun fondement et cette intervention (de l??éditeur ?) me semble vraiment regrettable.


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