Category: Livres,Etudes supérieures,Université
Journaux de guerre (Tome 1-1914-1918) Details
Tome I : «Un jeu magnifique et sanglant auquel les dieux prenaient plaisir» : on songe à Homère et à la guerre de Troie ; c'est 14-18 vue par Jünger. L'idée que des hommes aient pu consentir librement à une telle épreuve est presque scandaleuse aujourd'hui. On préfère penser que les combattants furent des victimes et souligner ce que leur héroïsme doit à la contrainte. Alors Jünger, évidemment, dérange. En 1920, Orages d'acier décrit une expérience des limites dont il a clairement consenti à payer le prix. Un jeu de vie ou de mort, comme une partie de chasse, mais dotée d'une justification morale : chasseur et gibier échangent constamment leur rôle. Jünger, qui n'est pas un fou, ne nie pas que la guerre soit terrible. Simplement, il montre qu'elle transforme l'homme de l'intérieur autant qu'elle l'agresse de l'extérieur. Sous le feu, il prenait des notes. Entre ces notes et les livres, «il y a toute la distance qui sépare l'action de la littérature». Littérature : il s'agit de cela, plus que d'histoire. C'est l'essence anhistorique de la guerre éternelle que Jünger découvre sur le front et consigne dans son journal. En joignant aux versions définitives un choix de textes et de fragments retranchés, ce volume prend en compte les journaux de Jünger dans toute leur complexité. Tome II : 1939. Mobilisé par un régime qu'il déteste, Jünger est à nouveau sous l'uniforme. Ce n'est plus le même homme, ni la même armée. L'expérience, elle aussi, sera différente. Après une campagne au cours de laquelle il n'est jamais en première ligne, et à part une mission dans le Caucase comme observateur, il est un occupant à Paris, puis le chroniqueur d'un coin d'Allemagne occupée. Les journaux de la Première Guerre s'organisaient en grands chapitres ; ceux de la Seconde sont datés au jour le jour. Dans un décousu apparent et très concerté, ils font place à des notations sur les opérations militaires, à des rencontres avec écrivains et intellectuels, à l'examen de soi, des hommes et de la nature, aux amours, aux rêves, aux lectures. Jünger lit notamment la Bible ; le christianisme devient pour lui un allié contre le nihilisme triomphant. Sans dissimuler son hostilité aux nazis et à l'antisémitisme officiel (il lui arrive de saluer militairement les porteurs de l'étoile jaune), il reste à son poste et n'attaque pas le régime de front. On parle d'émigration intérieure pour qualifier cette position complexe, que les contempteurs habituels de Jünger simplifient à l'envi. Hannah Arendt était plus nuancée. Tout en constatant les limites de cette attitude, elle voyait dans les journaux de l'occupant Jünger «le témoignage le plus probant et le plus honnête de l'extrême difficulté que rencontre un individu pour conserver son intégrité et ses critères de vérité et de moralité dans un monde où vérité et moralité n'ont plus aucune expression visible».

Reviews
"Orages d'acier" est sans conteste un des plus impressionnants livres sur la première guerre mondiale, un des plus durs et un des plus sincères, où Jünger ne cache rien de l'exaltation irrationnelle qui peut subjuguer les hommes au combat en dépit des horreurs qui les entourent. Un des plus philosophiques aussi, l'expérience de Jünger de la nullité absolue de la vie humaine au milieu des déluges de feu ouvrant sa conscience à un détachement quasi métaphysique.Ce Jünger face à l'enfer, parfois surprenant ou irritant d'enthousiasme Prussien et de naïveté, fera place à un diariste du second conflit mondial devenu mature et dépassionné, intellectuellement supérieur, mais ce second Jünger ne peut se comprendre sans connaître le premier.Ce premier volume de la Pléiade comprend outre "Orages d'acier" tous les autres récits et essais de cette période.Edition procurée par le spécialiste et ami de Jünger l'irréprochable Julien Hervier.


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